Ma Bibliothèque Bleue

Chacune de nos lectures laisse une graine qui germe. Jules Renard

Les larmes noires sur la terre

product_9782207135570_195x320« Mais il n’y a que les larmes sur les joues de Moe, parce que la grand-mère est morte depuis longtemps, et la pensée lui déchire l’âme, plus personne pour venir la chercher, personne pour lui tendre la main et l’emmener ni même pour savoir qu’elle existe, l’espoir ils l’ont écrasé au fond des voitures et dans les rues pleines de dégueulasseries, et la terre sur ses chaussures, qu’elle égrène du bout des doigts en réprimant ses sanglots, pourtant ça te ferait du bien de pleurer mon cœur, il y a des fois où il vaut mieux y aller d’un bon coup, demain ça sera mieux tu verras. »

Je connais Sandrine Collette depuis son tout premier roman Des noeuds d’acier.
Au fil des années, elle a cumulé les succès. Ses livres sont connus pour être intenses et douloureux.
En commençant Les larmes noires sur la terre, je ne m’attendais pas à être prise dans un tel engrenage, une noirceur dérangeante qui me fait poser le livre à un moment et m’interroger. Allais-je oui ou non pouvoir continuer cette lecture ? Après 48h de réflexion, je me suis décidée à reprendre le fil de l’histoire. Et quelle histoire !

Dans un futur proche, on découvre la vie de Moe, la jeune femme a quitté son île du Pacifique pour suivre son homme à Paris. Le quotidien qu’elle imaginait festif, plein de lumières, se révèle bien plus terne. Elle passe du statut de princesse à souillon en moins de temps qu’il ne faut pour réaliser son erreur. Voulant fuir son destin, elle va échouer dans un centre d’accueil pour personnes défavorisées, devenues parias d’une société qui les chasse des villes.

« Combien sont-ils aujourd’hui, peut-être huit mille personnes qui vivent là sur les sièges éventrés des Fiat et des Renault hors d’usage, sur les coffres ouverts prolongés par une tôle ou une bâche pour gagner un peu d’espace. Une ville de miséreux, impensable ici et aujourd’hui, et pourtant, les crises économiques successives ont eu raison des bons sentiments, le déclin des civilisations, ce sera comme Rome et tout s’effondrera, ils disaient à la télévision. Qui aurait pu prévoir qu’une dizaine de ces centres, qu’ils appellent les Casses, allaient éclore en quelque vingt années ? »

Dans cette prison à ciel ouvert, exploitant la paupérisation sans vergogne, Moe va découvrir la survie grâce à une solidarité féminine qu’il n’imaginait même pas.
J’ai véritablement été prise aux tripes par ce roman. Plus que jamais, l’écriture de Sandrine Collette explore la naïveté, la misère, mais aussi l’espoir. Elle dresse de remarquables portraits de femmes, aux parcours pleins d’embûches, aux opportunités balayées, à la confiance bafouée.

Si comme moi vous êtes fan de l’auteur, vous aviez peut-être lu en 2014 ce petit polar Le Monde/SNCF : Un brume si légère. Une sorte de préquel à ce drame bouleversant qui me permet d’affirmer que le talent de Sandrine Collette explose et s’impose de façon tout à fait légitime dans la collection Sueurs Froides des Editions Denoël.

 

 

Résumé :
Il a suffi d’une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n’avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l’accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d’accueil pour déshérités, surnommé «la Casse».
La Casse, c’est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d’automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir.
Et puis, au milieu de l’effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s’épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu’elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui veut quand même être jolie et danser.
Leur force, c’est leur cohésion, leur entraide, leur lucidité. Si une seule y croit encore, alors il leur reste à toutes une chance de s’en sortir. Mais à quel prix ?

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Cette entrée a été publiée le 31 mars 2017 par dans Lecture, Roman, Suspens / Thriller, et est taguée .

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