
J’ai senti physiquement comme j’avais besoin du reste du monde. Je ne voulais plus être seule. Tant d’inconnus m’avaient fait du bien, m’avaient accueillie alors que je n’avais plus rien. Je n’avais plus peur des regards, plus peur que les gens sachent. La honte devait changer de camp.
J’ai entendu pour la première fois le nom de Gisèle Pelicot le 2 septembre 2024. Le procès dit « des viols de Mazan » venait de s’ouvrir et cette femme qui avait subit l’impassable venait de s’opposer au huis-clos. Elle n’était pas la coupable, elle voulait que la honte change de camps. Les criminels étaient face à elle au tribunal. Cinquante hommes et son ex-mari qui ont été condamné au terme du procès.
Judith Perrignon, journaliste et romancière, a co-écit le livre. Elle porte la voix d’une femme dont la vie n’a pas été un long fleuve tranquille. Elle évoque l’enfance, ses traumatismes, la jeunesse, l’amour, la famille. A aucun moment, Gisèle Pelicot n’a voulu être une personne que l’on plaint. Elle écrit qu’elle a pris un TGV en pleine face, mais refuse d’être enfermée dans un cadre de victime triste et larmoyante pour la vie entière. Elle se reconstruit et affirme le droit à chacun d’être dans la joie, sans pour autant effacer le crime subi.
Le livre n’est pas une façon de capitaliser sur le drame, c’est pour elle un moyen de dire que la peur est légitime, mais que les victimes ont des droits et que la justice peut faire entendre la parole de chacun.
C’est un récit bouleversant, exceptionnel, qui force le respect.
Un témoignage nécessaire, au-delà de tout ce qui a déjà été écrit ou dit.
Résumé :
« Cette histoire ne m’appartient plus totalement. Elle a réveillé une douleur muette et profonde, montée de la nuit des temps. Elle a suscité la sidération. Comment comprendre ce qui m’est arrivé, ce que mon calvaire a ensuite déclenché ? Il m’a fallu marcher le long d’une faille, la mienne. Comme le funambule sur la corde raide, je dois avancer.
Je voudrais par ce livre mettre des mots sur ce que j’ai traversé. Dire que je n’ai plus peur d’être seule, que j’ai retrouvé la joie de vivre.
Dire que je suis vivante. »